Chapitre 24

24

 

Cela fait, le colonel alla s’asseoir à son bureau et réfléchit un instant.

« Paris… »

Il appuya sur le bouton de l’interphone qui le reliait à la salle des instructeurs. Il n’y eut pas de réponse. Il appela alors la chambre de Montferrand.

« Dites donc, mon vieux, il est onze heures et la petite Levasseur devait venir me voir à cette heure-là. Une histoire urgente, je ne sais quoi. Vous voulez bien me l’envoyer ?

— Un instant, mon colonel », répondit la voix ensommeillée de Montferrand ; deux minutes plus tard :

« La petite Levasseur est introuvable, mon colonel. Voulez-vous que je donne l’alerte ?

— Vous voulez rire ! Elle se retrouvera bien toute seule. Elle ne s’est pas noyée tout de même.

— C’est que, mon colonel, elle a complètement manqué son épreuve. C’est peut-être pour ça…

— Bah ! Elle ne s’en portera toujours pas plus mal ! » fit Moriol, et il coupa la communication.

« Je me demande bien ce qu’il voulait dire par là », pensa Montferrand en se recouchant…

Cependant le colonel Moriol retournait dans sa chambre, ouvrait un autre placard, en tirait une bouée, la gonflait, et la jetait sur le lit.

À ce moment l’interphone grésilla.

Moriol retourna dans le salon, appuya sur le bouton.

« Ici, colonel Moriol, j’écoute.

— Allô ! Moriol ? Ici, Bouvard. »

C’était le nom du commandant du bateau.

« La permanence asdic me signale que nous sommes suivis par un sous-marin de nationalité inconnue. J’ai fait accélérer, changer de cap. Il nous file comme une ombre. Je lui ai fait faire des sommations radio. Il ne répond pas. Dans ces conditions, je me propose de rallier la côte, et, en attendant, d’alerter Brest. Ça vous convient ?

— Parfaitement, dit Moriol. C’est fort aimable à vous de m’avoir prévenu. »

Il revint encore une fois dans sa chambre, rouvrit le placard et en tira une combinaison d’homme-grenouille qu’il revêtit.

Tout en s’habillant, il fredonnait un air étranger, que personne ne lui avait jamais entendu chanter sur le bateau.

Il retourna dans le bureau en laissant la porte de la chambre ouverte.

Il fit jouer la combinaison de son coffre à secret, et y prit un poste émetteur miniaturisé, qu’il se mit autour du cou.

Dans quelques minutes, le colonel Moriol aurait quitté le Monsieur de Tourville à bord duquel il venait de mener à bien une des plus longues, une des plus brillantes missions de sa carrière. Dès qu’il se serait mis à l’eau et qu’il aurait enclenché son poste automatique, le sous-marin que l’asdic du bord venait de signaler viendrait faire son travail…

Et une fois la torpille lancée, la petite Levasseur elle-même se moquerait bien de l’impression que son épreuve manquée ferait à son père !

Moriol était en train de refermer le coffre lorsqu’il entendit une voix très jeune, très claire, prononcer distinctement derrière lui :

« Ne bougez pas d’un poil ou je vous vide mon chargeur dans les reins. Là où ça fait le plus mal. »