Chapitre 22

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Cependant une heure ne s’était pas passée qu’il entendait la voix du colonel criant dans la pièce à côté :

« Qu’est-ce que c’est que cette inondation ? Faites-moi venir quelqu’un immédiatement pour éponger tout cela, et envoyez donc du monde en haut pour voir ce qui se passe. »

Deux minutes après, les coursives étaient pleines de sous-officiers, de plantons, et même de quelques stagiaires, courant dans tous les sens, portant des baquets, des serpillières, des balais, et incriminant d’hypothétiques plombiers… Le colonel lui-même, énorme dans sa robe de chambre, faisait les cent pas dans la coursive d’un air furieux, en attendant que son plancher fût essuyé.

Que s’était-il donc passé ?

Les appartements du colonel étaient situés sous ceux des instructeurs, et la conduite d’eau dans la salle de bain de Mme Ruggiero s’était subitement rompue.

« Cela a fait poum ! On aurait dit un petit pain de plastic », expliquait Mme Ruggiero.

L’eau, envahissant la salle de bain de l’instructrice, avait ensuite trouvé une fente dans le plancher ; Mme Ruggiero n’avait encore jamais remarqué cette fente qui se trouvait derrière la baignoire. Puis, traversant le plafond, des cataractes s’étaient répandues dans la salle de bain du colonel, située juste au-dessous et avaient pénétré dans sa chambre et dans le salon qui lui servait de bureau !

Il suffit, bien sûr, de fermer le robinet d’accès pour faire cesser le désastre, et, les éponges et les serpillières ayant accompli leur travail, tout rentra dans l’ordre.

Il était 23 heures 30.

Bertrand, dans son coin, se dit :

« Je l’ai échappé belle. Ils auraient pu venir jusqu’ici voir si le plancher n’était pas mouillé… »

À ce moment, l’électricité s’alluma brusquement dans la petite salle d’attente. La porte de communication avec le bureau du colonel s’ouvrit et Moriol lui-même parut sur le seuil.