Chapitre 18

18

 

Les pieds en bouillie, une heure plus tard, Langelot sonnait à la porte du capitaine Montferrand, 8, rue Fantin-Latour.

Après avoir attendu quelques instants, il se mit à parler tout seul devant la porte :

« Je suis seul. Je ne suis pas armé. J’ai besoin d’entrer immédiatement en contact avec les chefs du capitaine Montferrand. Il y va de sa vie. »

Pendant un long moment, il n’y eut pas de réponse. Langelot était persuadé qu’on l’observait par le judas optique… Brusquement, la porte s’ouvrit.

Une petite bonne femme rondelette, coiffée d’un chignon, vêtue d’un peignoir, apparut. Elle avait l’air d’une mère de famille attentionnée, d’une excellente ménagère, d’une cuisinière distinguée. Elle avait environ quarante ans. Elle tenait à la main un pistolet de fort calibre et en menaçait Langelot.

« Haut les mains ! » fit-elle froidement.

Langelot s’exécuta volontiers ; il ne craignait qu’une seule chose : c’était qu’elle ne lui ouvrît pas.

« Que voulez-vous à mon mari ?

— J’ai besoin de communiquer directement avec ses chefs. J’ai un message urgent à leur transmettre. Il y va de la vie du capitaine. Et moi, je ne possède pas le moindre numéro de téléphone, la moindre adresse…

— Comment avez-vous obtenu celle-ci ?

— Ce serait trop long à vous expliquer. Ce peut être une question de secondes. Si vous êtes Mme Montferrand… »

Si étonnée que pût être la bonne dame de trouver sur sa porte, à onze heures du soir, un adolescent blondinet, déguisé en homme-grenouille, qui lui parlait de la sécurité de son mari, elle ne perdit pas son sang-froid.

« Je veux bien vous laisser entrer, dit-elle, à condition que vous restiez toujours à deux mètres de moi, et les mains derrière la tête. Au moindre mouvement suspect, je vous abats.

— Pourvu que vous me laissiez téléphoner… »

Elle recula.

« Entrez et fermez la porte derrière vous. »

Il obéit.

« Longez le couloir. Tournez à gauche. »

Il se trouva dans une chambre à coucher.

« Ouvrez le tiroir de la table de nuit.

— Pour ça, il faudrait que je baisse les bras.

— Un seul bras. Le gauche, s’il vous plaît. Vous trouverez un téléphone. C’est une ligne directe avec le S. N. I. F. »

Pendant qu’il téléphonait, elle ne cessait de le couvrir avec son pistolet. Comme il haussait la voix pour se faire mieux entendre, elle l’interrompit.

« Moins de bruit. Les enfants dorment. »

À l’autre bout du fil, un agent de permanence flegmatique répondait :

« Vous voulez parler à Snif ? Bougez pas. Je vous envoie une voiture. »

Moins de dix minutes après, on sonnait. Toujours sous la menace du pistolet de Mme Montferrand, Langelot alla ouvrir. Deux hommes de taille imposante, les mains dans les poches, attendaient sur le palier.

« Venez avec nous, dit l’un.

— Et n’essayez pas de faire votre malin, dit l’autre.

— La prochaine fois, je demanderai des gardes du corps plus gracieux », répondit Langelot.

Une DS noire, avec chauffeur, ronronnait sous la porte. Langelot monta derrière, entre les deux sbires, qui lui passèrent immédiatement un bandeau sur les yeux.

« Voilà bien des précautions, remarqua Langelot.

— Il téléphone par la ligne directe, il ne connaît pas le mot de passe, et il n’est encore pas content ! » s’indigna l’un des deux hommes.

Un quart d’heure plus tard, la DS s’arrêtait. Les deux hommes faisaient faire quelques pas à leur prisonnier volontaire, l’enfournaient dans un ascenseur, le guidaient jusqu’à une pièce où régnait un silence absolu, lui disaient :

« Vous pouvez enlever votre bandeau. »

Et disparaissaient.