Chapitre 15

15

 

Le désespoir, au reste, c’est beaucoup dire.

Entre la masse blanche du palais de Chaillot nettement détachée sur son ciel de soirée de juillet, et toutes les voitures qui passaient en vrombissant, emmenant de gais dîneurs vers leurs restaurants, Langelot, toujours affublé de sa combinaison et de ses palmes, décida de traiter par le mépris la curiosité et l’indifférence qui l’entouraient.

Et de raisonner.

Rien ne prouvait, après tout, que deux vacations eussent suffi aux radiogoniomètres ennemis pour repérer le Monsieur de Tourville. De plus, il était probable que l’ennemi ne frapperait pas avant d’avoir, d’une façon ou d’une autre, permis à Mme Ruggiero de quitter le bord. Enfin, il n’était pas impossible qu’il attendît le lendemain, pour envoyer par le fond le chef du S. N. I. F. ou son représentant et le délégué du gouvernement qui assisteraient à la remise des cartes.

Il se pouvait donc encore que rien ne fût perdu. Il fallait seulement agir sans tarder.

Ce fut alors que Langelot se rappela la plaque d’identité et, la tirant de sa poche, lut le nom qui était gravé dessus. Ce nom, en une seconde, transforma toute l’idée qu’il se faisait de la situation. C’était celui de :

 

HENRI MORIOL

 

Jusqu’ici, Langelot avait été aveugle, mais ce simple nom gravé sur cette simple plaque lui dessilla les yeux.

Il comprit tout le plan ennemi, bien plus subtil, bien plus dangereux encore qu’il ne l’avait cru. Il comprit que, s’il n’agissait pas d’ici à 22 heures, de nouveaux dangers s’ajouteraient à ceux que courait Corinne. Et il comprit aussi qu’il lui était impossible d’agir par la voie officielle. Car, en supposant même qu’il réussît, par il ne savait quel prodige, à se faire recevoir, d’ici à 23 heures, par le ministre de la Défense, le ministre lui-même serait vraisemblablement impuissant à sauver le Monsieur de Tourville.

Tout paraissait perdu.

Et pourtant…