
13
Il était dix heures un quart, et Langelot avait eu besoin de toutes les recettes de sang-froid inculquées par le S. N. I. F., en plus de son sang-froid naturel, pour ne pas se cogner la tête contre les murs, lorsqu’il vit une toute petite tache lumineuse posée sur une des parois de la citerne.
L’espoir lui revint. Il courut à la tache, chercha le rai de lumière. Par où passait-il ?
Il passait par une fente minuscule. La dalle de béton qui fermait le trou d’homme s’était écaillée à un endroit et il s’était formé là un jour à peine perceptible.
Langelot apporta sa grosse pierre au centre de la citerne, grimpa dessus, essaya de repousser la dalle de ses deux bras vigoureux… Peine perdue. Elle ne bougea pas plus que si elle était scellée.
Il regarda une fois de plus sa montre. Dans moins de huit heures, partirait la torpille qui coulerait, par sa faute, le Monsieur de Tourville, ses marins, ses transmetteurs, les élèves du S. N. I. F., le colonel Moriol, le capitaine Montferrand, Corinne…
Il entreprit alors un travail de Romain.
Dans le trou infime par où le soleil entrait dans sa prison, il introduisit un infime caillou qui, imperceptiblement, souleva la dalle.
À côté, il glissa un second caillou, à peine plus grand. Puis un troisième.
Le premier, déjà, ne portait plus la dalle. Alors Langelot le retira, et introduisit, à sa place, un caillou plus gros…
Si l’ennemi surveillait l’issue de la citerne, le stratagème de Langelot serait vain, mais si, se fiant au poids de la dalle, les gardiens se montraient négligents, la réussite était certaine, au prix seulement de beaucoup de temps et d’efforts.
Au bout d’une heure, Langelot enfonçait, dans la fente agrandie, des pierres grosses comme le poing.
Au bout d’une heure et demie, il manquait de cales : deux fois de suite, la dalle avait failli lui écraser les mains.
À midi quinze, enfin, ayant réussi des entassements de pierres qui pouvaient s’écrouler à chaque moment, mais entre lesquels il espérait pouvoir se glisser, il prit le risque de passer la main à l’extérieur pour chercher une prise.
Par bonheur, il en trouva une. Aussitôt, il entreprit de se hisser, après avoir, tout de même, vérifié la solidité de ses piles de cailloux : avoir les reins broyés par la dalle ne l’avancerait à rien !
Une minute plus tard, il gisait face au sol, sur la plaque de béton.
Sa première préoccupation fut de dissimuler son évasion : il ôta les cailloux un à un, et les rejeta dans la citerne. Sa deuxième, de se dissimuler lui-même. Dès que la dalle fut de nouveau en place, il se jeta dans une touffe de genêts, et se mit à combiner la deuxième étape de son évasion.
La propriété, lui avait dit l’un de ses geôliers, était entourée de fils barbelés et électrifiés. Les barbelés ne lui faisaient pas peur : il s’était trop exercé à les franchir, à l’école, pour les redouter. Restaient les électrifiés.