
11
Langelot n’avait pas le choix. Il sauta.
Mais il ne s’était jamais senti aussi mal à l’aise de sa vie !
Quelle était la profondeur du puits ? Qu’allait-il trouver au fond ? De l’eau ? Des pierres ? Un nid de serpents ?
Heureusement, son angoisse ne dura pas longtemps. Il venait à peine de sauter dans le vide qu’il heurta le sol. Ses jambes lui servant d’amortisseurs, le choc ne fut pas douloureux. Levant les yeux, Langelot eut juste le temps de voir un rond de jour, que l’on était en train d’obturer avec une dalle circulaire. Un instant après, c’était la nuit.
La peur n’avait pas cessé de tire-bouchonner les entrailles de Langelot, mais sa tête restait froide, son cœur n’avait pas accéléré ses battements. La bête avait peur, mais l’intelligence demeurait parfaitement capable de raisonner.
« Apparemment, pensa Langelot, je suis dans une citerne. Dans le temps, elle servait à alimenter en eau la maison que j’ai vue en contrebas. Apparemment aussi, ces messieurs ne veulent pas me tuer, Du moins pas maintenant. Ou ils veulent m’interroger ; ou, ce qui est plus probable, ils m’ont dit la vérité : Mme Ruggiero leur a écrit que j’étais un agent de classe et ils ont l’intention de me « retourner »… Tout cela n’est pas une raison pour que je n’essaie pas de sortir d’ici. Si c’est une citerne, il doit y avoir un regard collecteur qui entre et une canalisation qui sort. On pourrait peut-être ramper dedans ? »
Il explora sa prison.
C’était un cylindre parfait, d’environ deux mètres de haut et deux de diamètre. En tâtonnant dans le noir, il trouva d’abord un trou situé au niveau du sol et obstrué par de grosses pierres. Il se mit aussitôt en devoir de le dégager, ce qui ne lui coûta pas grand-peine. Mais une déception l’attendait : le trou était à peine assez large pour que sa tête y passât seule : pas question de faire suivre les épaules !
Langelot s’accroupit pour se reposer un peu.
Ce qui l’inquiétait le plus, à vrai dire, ce n’étaient pas les espions ennemis dont il était le prisonnier : c’étaient les vipères.
« Pourtant, raisonna-t-il, s’il y avait des vipères, ces braves gens le sauraient. Et puisqu’ils n’ont pas l’air de me vouloir de mal… »
Il reprit ses tâtonnements. Mais comme il était petit de taille et que le regard collecteur devait aboutir au niveau du plafond de la citerne, il ne trouva rien tout d’abord.
Alors il choisit la plus grosse pierre, la plaça contre la paroi et grimpa dessus. Ainsi, il atteignait le plafond. Il lui suffisait de déplacer la pierre, peu à peu, pour pouvoir faire le tour de la citerne avec les mains.
La bouche du regard se trouva être exactement en face de celle de la canalisation. Hélas ! Il n’était pas question, même pour Langelot, de ramper dans un boyau de vingt centimètres de diamètre !
Par acquit de conscience, il y plongea tout de même la main et en ramena un objet qu’il mit quelque temps à identifier : c’était métallique, c’était plat, et cela comportait une chaînette…
« Une plaque individuelle, pensa Langelot. Curieux. »
Il la glissa dans sa poche, et n’ayant plus rien à faire, s’assit dans un coin et attendit.
