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Un jour, en pleine « séance de travaux pratiques à l’initiative des stagiaires », Langelot, qui faisait avec Pierre Comte un exercice de contact avec un agent, eut besoin du petit magnétophone qu’il avait laissé dans sa cabine.
« Attends, je vais le chercher. »
Il y courut. Qui trouva-t-il, occupé à fouiller méticuleusement le placard ? Gil Valdez.
« Mon pauvre Gil, tu vas te perdre dans ma pagaille, fit aimablement Langelot. Un cochon n’y retrouverait pas ses petits. Alors toi, tu n’as aucune chance. Tu aurais dû me demander de t’aider.
— Ça va, Pichenette, dit Gil, qui n’avait pas l’air très malin, pris la main dans le placard. Pas la peine de te payer ma tête. Ce n’est pas la première fois que je fais une fouille, mais je te jure que c’est la première fois que je me fais pincer !
— Tu m’expliqueras peut-être ce que tu cherchais ?
— Tu ne devines pas ?
— Je devine probablement, mais j’aimerais bien que tu m’expliques tout de même. »
Ce ton arrogant, blessant, n’était pas du tout naturel à Langelot, mais lui semblait convenir au personnage d’Auguste Pichenet.
Valdez soupira :
« Ce que tu peux être désagréable, Pichenette ! Tu sais bien que je cherchais des preuves contre toi… »
Depuis l’aventure chez le colonel, Langelot ne se sentait plus jamais en sécurité. Il fit un effort pour ne pas paraître inquiet.
« Des preuves contre moi ?
— Eh bien oui, quoi. C’est pratiquement sûr que tu es l’agent adverse ! »
« Je voudrais bien que tu sois, toi, l’espion ennemi », pensa Langelot, car Gil ne lui était pas sympathique. Mais il se tut.
À ce moment, la voix du capitaine Montferrand se fit entendre, amplifiée par le haut-parleur.
« Monsieur Valdez, vous me surprenez ! Si vous cherchiez des preuves contre Pichenet, il ne fallait surtout pas le dire ! Vous auriez pu affirmer que vous étiez venu chercher de l’aspirine ou un roman policier. N’avouez jamais ! Laissez toujours subsister un doute dans l’esprit de l’adversaire. Je vous le répète pourtant assez souvent. »
Un éclair de colère passa dans les yeux noirs de Valdez et s’éteignit aussitôt.
« Mon capitaine, vous savez bien que si c’était pour de vrai… Moi, la comédie pour rien, ce n’est pas dans mon tempérament.
— Vous allez me faire le plaisir, coupa Montferrand, de rejouer cette scène comme il faut. »
Ils s’exécutèrent. Langelot sortit et rentra. Valdez prétendit cette fois-là être venu chercher de l’encre : son stylo était à sec.
« Ce n’est pas une très bonne idée, fit observer Montferrand. Pichenet peut vérifier.
— Mon capitaine, je suis bien tranquille. Mon stylo est réellement vide.
— Dans ce cas, l’idée était excellente. Vous pouvez disposer »
Valdez esquissa un garde-à-vous devant le haut-parleur, puis se tourna vers Langelot.
« Les militaires ne seront jamais que des amateurs, remarqua-t-il, et tant pis si la machine m’entend ! »
Il paraissait profondément vexé par sa déconfiture.
Langelot, rêveur, le laissa partir.
Jusqu’ici, il n’était pas arrivé à contraindre Valdez à se couper, ni sur le détail de sa vie – Valdez se prétendait émigré espagnol – ni sur ses connaissances en équitation. Mais aujourd’hui, ulcéré par cette scène, peut-être sa garde serait-elle moins sûre ?
Langelot décida de lui préparer un petit piège.
