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Ce soir-là, Montferrand appela de nouveau son chef.
« Alors ? dit la voix métallique.
— Notre garçon est doué, Snif. Il pêche par excès, bien sûr. Il a trop d’imagination. C’est l’âge. Il m’a inventé une histoire compliquée de correspondante anglaise dont il était amoureux : c’était, d’après lui, pour étoffer son personnage qui lui paraissait un peu sec.
— C’était une excellente idée.
— Non, parce qu’il a prétendu être allé la voir et qu’il m’a raconté son voyage en me citant les hôtels où il était descendu. Ce n’était pas du tout le genre d’hôtel où descend un fils de sous-officier, élève du Prytanée.
— Vous êtes bien sévère, Montferrand. L’idée de la correspondante était bonne en soi. D’autres anicroches ?
— Bien sûr, il s’est embrouillé dans la discipline du Prytanée, les galons des sergents-chefs-majors et l’ordre serré, mais il m’a affirmé avoir été un très mauvais élève dans les matières de ce genre ! Il ne connaît pas très bien la philatélie, ce qui s’explique moins.
— La rentrée est dans un mois. Dites-lui de mettre tous ces détails au point. Autre chose : j’ai une bonne nouvelle à vous apprendre.
— Cela nous changera.
— Ne soyez pas pessimiste ! J’ai obtenu la nomination du colonel Moriol.
— Le colonel Moriol commandera l’école ?
— Oui, mon bon.
— Mais personne ne le connaît. Il n’est pas du S. N. I. F.
— Je le connais, moi, et il en sera. Il a fait une carrière magnifique dans les sections « action » des services de renseignement. Et pourtant tout le monde s’accorde à lui trouver du tact, de l’humanité, de la finesse, un sens profond de la qualité ! Que vous faut-il de plus ?
— À moi, rien. Moriol est un gars comme il nous en faudrait beaucoup.
— Ce sera à vous, Montferrand, de le mettre au courant.
— Ne craignez rien, Snif. Tel que je l’imagine, au bout de huit jours, il sera dans le bain ! »
